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Un regard positif sur la vie
EFFET PYGMALION
éditions L'Harmattan 2004
Préface de Catherine HERMARY-VIEILLE
Rarement j’ai accepté de préfacer un ouvrage littéraire et plus exceptionnellement encore un essai.
Que peut avoir à dire une romancière sur la réflexion d’un auteur alors qu’en apparence la fiction
et la non-fiction n’ont guère de points communs ?
Mais l’essai d’Alain Streck m’a interpellée. Comme un romancier, il essaie d’entraîner son lecteur
dans un monde intellectuel, émotionnel, l’invite à un voyage au plus profond de lui-même, voyage
qui laisse, la dernière page tournée, l’envie d’autres départs, d’explorations plus approfondies.
Linguiste, psychologue, philosophe, essayiste, Alain Streck suit cependant la route de l’imaginaire,
non la sienne mais celle de chacun d’entre nous.
Qu’est l’imagination du romancier sinon le pouvoir que possède un esprit sur les multiples
possibilités offertes par les circonstances ? L’imagination permet de suivre la vie de personnages
en se référant à soi-même. Et la raison n’est-elle pas simplement une méthodologie de l’imagination ?
Nous regardons le monde extérieur comme imaginaire (romans, cinéma, théâtre) ou réel
(évènements politiques, économiques, faits et gestes journaliers). Mais le réel est-il aussi
bien défini ? Lorsque j’écris un roman dit historique, mes personnages morts et souvent
oubliés reprennent vie, sortent de la virtualité et redeviennent réels. Tout au cours de
l’écriture, je « vis » la réalité d’un autre que moi-même. Je fais des choix, ces choix
s’assemblent pour construire une vérité et ce pouvoir a quelque chose de magique. Trop souvent
le lecteur qui suit les aventures d’un héros, d’une héroïne au fil des pages d’un roman
ne saisit pas que lui aussi influence ceux-ci par la disposition d’esprit dans laquelle
il se trouve au moment de la lecture, disposition qui inclinera le récit dans une certaine
direction (un même personnage peut sembler admirable à l’un, haïssable à l’autre).
Nul ne peut regarder vers le passé ou le futur sans le pouvoir de l’imagination. Sans imagination,
nous serions prisonniers et notre société, nos propres existences n’auraient guère de sens.
Nous sommes multiples dans nos vies et, sans toujours le savoir, construisons notre réalité
comme le fait un romancier devant son ordinateur ou sa feuille de papier. Combien de rôles
jouons-nous au cours de notre existence ? Pourquoi choisissons-nous telle réplique plutôt
que telle autre ? (Le choix de ces répliques étant essentiel car elles ont le pouvoir de
changer une comédie en tragédie et réciproquement). La vie est mille fois plus complexe que
la réalité que nous croyons appréhender car chaque jour nous devons nous adapter à ses incohérences,
ses irrationalités, ses complexités. La relation entre nos pensées et le monde extérieur est
le processus même de la vie, qu’on l’enrégimente et nous voilà prisonniers, qu’on la laisse
ouverte et nous sommes libres, libres de réfléchir, de choisir, d’être nous-mêmes. Choisir,
c’est être capable de savoir ce que nous ressentons au plus profond de nous-mêmes, processus
émotionnel familier aux romanciers. N’appliquons-nous pas ce choix «émotionnel» dans les
moments les plus importants de notre vie : choix d’un conjoint, pratique d’une religion,
options politiques ? Et si l’importance de nos émotions, de nos intuitions est reconnue,
il n’y a pas de raison de se lamenter sur l’implacabilité du destin. La plupart des artistes,
beaucoup de scientifiques et de philosophes acceptent qu’une mince frontière sépare seulement
imagination et réalité ou réalité virtuelle.
Ecrire l’histoire des autres est une aventure, partir à la découverte de sa propre histoire
en est une plus belle encore. La création de soi-même commence par la découverte de ce que
l’on ressent vraiment, le refus d’accepter ce que l’autre désire que l’on pense, que cet autre
soit un membre de la famille, un ami, un journaliste, un homme d’état. Nous-mêmes et nous-mêmes
seuls sommes nos propres interprètes et les romanciers de nos vies.
Le monde existe, cela ne fait aucun doute mais il existe une multitude de versions possibles
du monde dans l’esprit des hommes. Chaque individu est un monde pour le romancier. Il est chacun,
il est tous. Il inclut la veulerie et l’héroïsme, la sainteté et la tyrannie. L’écrivain ne
juge pas, il observe, écoute, unit plutôt qu’il ne fractionne, choisit la cohérence plutôt
que l’absurde, tente de comprendre le meilleur comme le pire et fait de la famille humaine
une vraie famille dans laquelle chaque membre, non seulement se ressemble mais partage
faiblesses comme héroïsme.
Alain Streck nous offre ce cadeau : la possibilité de découvrir, choisir cette liberté
au sein d’une communauté humaine. Il est un optimiste dans le sens philosophique mais
aussi humain du terme. Il n’enferme pas, il ouvre les portes et la joie que j’ai eu à le
suivre a été la preuve qu’il a réussi son pari ; celui de refuser à priori toute attitude
pessimiste. Ce bonheur, je souhaite qu’il soit aussi le vôtre.
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