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Site internet d'Alain STRECK

essayiste, romancier et auteur dramatique
 
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Un regard positif sur la vie



EFFET PYGMALION

éditions L'Harmattan 2004



Chapitre 1

Comment expliquer qu’Ussama Ben Laden et ses frères d’armes aient entendu d’Allah des messages guerriers si cruels, quand le plus grand nombre des musulmans n’y perçoit qu’un discours de paix et de fraternité ? Par référence à d’autres événements de même nature horrifiante et hormis toute considération doctrinaire, comment expliquer que Richard Durne ait décidé de tirer sur le Conseil municipal de Nanterre, qu’un lycéen de dix-sept ans ait assassiné une jeune fille en se prenant pour l’un des sinistres « héros » du film « Scream » ou que les membres de la secte de la Porte du Soleil aient décidé de mettre fin à leurs jours, pensant ainsi rejoindre un vaisseau spatial sensé les emmener vers une destination cosmique connue d’eux seuls ?

Au fond, les idées, comme l’alcool, ne soûlent pas : c’est bien l’homme qui s’enivre ! Et la célèbre pensée cartésienne mérite dès lors d’être complétée de la façon suivante : « je pense donc je suis … et je suis ce que je pense ! ».

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Plus nous nous en remettons à nos conditionnements pour interpréter la réalité et moins nous usons de notre intelligence à cette fin. Et réciproquement.

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Moins nous nous ancrons dans la perception du réel et plus nous franchissons allégrement la porte de l’imaginaire pour nous inventer une autre histoire dont nous sommes le héros 

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Plus nous nous reconnaissons de droits et moins nous nous reconnaissons de devoirs ... 

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De fait, qu’il y ait de multiples conceptions de ce qui est bon pour l’homme n’a franchement rien d’exceptionnel, tant les combinaisons possibles de perception de la réalité sont nombreuses, pour ne pas dire infinies. 

C’est ce qui fait de chacun de nous un être unique et ce serait même d’une banalité affligeante si des hommes ne décidaient de tuer pour prouver au monde qu’ils détiennent ce qu’ils pensent être la vérité, avec un grand V. 

Hélas, l’ivresse des mots, des chiffres ou de soi est toujours un état d’ébriété dans lequel la raison a quelque peine à trouver son chemin.

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Chapitre 2 - L'homme récolte ce qu'il sème

Si vous êtes quelqu’un de courageux, vous serez vaillant pour certains, inconscient pour d’autres. Si vous êtes du genre à savoir ce que vous voulez, vous serez volontaire pour les uns, psychorigide pour les autres. Si vous êtes généreux, vous passerez pour un être bon au regard des uns, un faible au regard des autres. Si vous voyez la vie du bon côté, vous passerez pour un optimiste aux yeux des uns et un naïf aux yeux des autres. Et ainsi de suite. 

En réalité, les notions de qualités et de défauts sont donc des notions bien relatives : ce qui est une « qualité » pour les uns peut être un « défaut » pour d’autres et réciproquement. Comme dit un proverbe perse : « Un défaut qui plaît au sultan est une qualité » !

Mais, en fin de compte, à bien y regarder, le jugement émis reflète non pas ce qu’est l’autre, mais bel et bien ce que nous sommes en trahissant nos références.

Quand on a compris ceci, on a compris l’influence que nous exerçons sur notre entourage ... et gare aux effets « boomerang » comme en témoigne l’exemple ci-après, tiré de mon vécu !

X dit à Y que Z est un caractériel, un psychorigide (pour ne pas dire une tête de mule, une bourrique!). Nécessairement, l’accroche d’Y guidée par cet a priori négatif va l’inciter à adopter une attitude de défiance vis-à-vis de Z, ce qui peut se traduire dans son comportement par un ton un peu distant, un regard fuyant ou un peu trop appuyé, une attitude quelque peu agressive, etc. Bien évidemment, Z va recevoir ces signaux, les interpréter en perceptions négatives et sera incité à réagir de façon défensive (un ton un peu sec, une poignée de mains un peu trop ferme, un écart de langage, voire de la colère, etc.) … ce qui viendra aussitôt confirmer l’a priori négatif d’Y. Et le piège de se refermer : Y partage désormais l’opinion de X et la communiquera sans doute à d’autres. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Z se sentira alors de plus en plus incompris et se durcira probablement un peu plus … ce qui amplifiera encore davantage l’a priori de départ dont il fait l’objet … et ainsi de suite dans une spirale infernale. Ainsi se collent des étiquettes et se construisent de fâcheuses réputations.

Ce que X a « prédit » à Y à propos de Z … (alors qu’il ne s’agit nullement d’une prédiction mais bel et bien d’une situation provoquée) est une illustration de ce que l’on appelle l’effet Pygmalion, par référence au roi légendaire de Chypre, tellement amoureux d’une statue qu’il obtint d’Aphrodite la métamorphose de celle-ci en être de chair et de sang. Autrement dit, il a provoqué la réalisation de ce qu’il désirait avec ardeur.

Cet effet d’engrènement comportemental, basé sur le mécanisme d’accroche, a notamment été mis en évidence en 1968 par Rosenthal. Le chercheur donna 6 rats choisis au hasard à deux groupes d’étudiants (...) 

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Il est possible d’en tirer quelques enseignements simples pouvant nous éviter bien des désagréments et nous donner éventuellement un peu plus de bonheur à vivre. Pour la clarté du propos, je situerai ces « enseignements » à trois stades importants de notre fonctionnement : lors d’une prise de décision, au moment de choisir les moyens de sa mise en œuvre et lors du passage aux actes.(...)

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Chapitre 3 - Autant semer du bon grain plutôt que de l'ivraie

Cela signifie, au moment de l’action ou de la réaction, d’être à ce que l’on fait et de prendre le temps de bien le faire, tout en pensant ce que l’on dit avant de dire ce que l’on pense. Car, l’effet Pygmalion le démontre, l’important n’est pas dans nos paroles et dans nos actes, mais dans ce que les autres comprennent de nos paroles et de nos actes, à l’issue de leur propre processus de captation, accroche et rapprochement. 

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Ce n’est pas de la morale, c’est de l’égoïsme intelligent. Car, au fond, le bonheur (état de satisfaction perçue) revient à régler ses problèmes et à satisfaire ses besoins … non à s’en créer. En ce sens, je fais volontiers mienne cette allégation d’Albert Memmi : « Chacun a ses propres instants de bonheur : il s’agit simplement d’en multiplier la conscience et les occasions ».

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De fait, et m’appuyant sur les constats de ces trois premiers chapitres, je vais me risquer à tenter un regard se voulant positif sur quelques grands sujets de société, tels les relations humaines, la perception du corps, la relation à l’argent, la religion, la politique, les médias et la pratique du pouvoir. Ce genre d’exercice touchant à des valeurs fondamentales, je renouvelle toutefois l’avertissement introductif : ce ne sont que des idées, histoire d’essayer de faire œuvre utile. Rien de plus.

Chapitre 4 - Positivement vivre !

La relation aux autres

Je ne sais si préférer regarder les « qualités » des autres revient à faire preuve d’intelligence ou de naïveté ; je suis par contre certain que se polariser sur leurs « défauts » est assurément le meilleur moyen de se persuader de leur caractère méprisable et, partant, de se pourrir copieusement la vie. 

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Selon le « point de vue » qu’il choisira (perceptions positives ou négatives des humains), le manager sera enclin à adopter un comportement qui engendrera des perceptions positives ou négatives chez ses subalternes, lesquels adapteront leurs réactions en conséquence (obstructions, fuites, dissimulations, etc. ou au contraire prise en charge des problèmes, esprit d’initiative, efficience, etc.). Effet Pygmalion oblige.

La perception de soi.

Chacun dispose à tout instant de la liberté de regarder ce qu’il est ou ce qu’il n’est pas. Et pendant que l’attention se focalise sur ce qui est porteur de mal-être, elle ne se porte pas sur ce qui est porteur de bien-être … et réciproquement.

Bien qu’elle nous fasse peur, pour ne pas dire qu’elle nous terrorise, la mort n’a en réalité d’importance que l’importance qu’on lui accorde, toujours en application du principe de l’accroche. A quoi bon se répéter chaque matin que ce jour peut être le dernier si cela revient à se faire souffrir et à faire souffrir les autres par ricochet (effet Pygmalion, effet boomerang) ? A quoi bon retourner contre soi la perte d’un être cher en s’enfermant dans des perceptions négatives, voire en s’autodétruisant ? Cela ne le fera pas revenir et minera immanquablement ceux qui restent. ../.. On le sait par instinct : la peur de la Camarde n’appelle, par nature, que des perceptions négatives donc des attitudes négatives dont on récolte les effets. Alors, autant ne rien tenir pour acquis et garder l’espérance. (…) Au fond, la mort est l’affaire d’un instant, non l’affaire d’une vie.

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Objet de bien des atrocités en tous genres depuis des siècles, au nom de doctrines visant à la « purification » de l’homme, le sexe n’est pourtant pas une pièce rapportée au corps humain par je ne sais quelle puissance maléfique. Nous en sommes tous dotés à la naissance et, sans lui, l’espèce humaine ne peut tout simplement pas assurer sa reproduction. Diaboliser cette partie du corps humain n’a donc pas plus de sens que de diaboliser un orteil, une oreille ou le nombril. Il ne s’ensuit que refoulements forgeant des êtres frustrés qui traduisent en signaux négatifs le mal-être que génère l’insatisfaction d’un besoin naturel, certains allant jusqu’à commettre l’irréparable. A l’inverse, ne mettre aucune limite justifie toutes les limites (d’où les extrémismes) car il n’est plus de loi, de respect, d’attachement.

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Lorsque le ventre est repu, la soif étanchée le corps à l’abri et plus généralement l’indispensable assuré, il est évident que les notions de richesse et de pauvreté deviennent relatives. Ainsi, celui qui a dix millions d’euros peut très bien se sentir pauvre au milieu de ceux qui en possèdent cent, par le seul fait de focaliser son attention sur les quatre-vingt-dix millions lui manquant pour leur ressembler. Or, s’il entre dans un tel mode d’accroche, il se place de facto en situation d’insatisfaction permanente, donc de « pauvreté » permanente … alors que sa réalité est toute autre. Ainsi existe-t-il des riches malheureux et des avaricieux.

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Il peut y avoir autant de religions qu’il y a d’êtres humains, puisque tout repose sur l’interprétation humaine (interprétation des textes, des événements, des comportements, etc.). Et quand on se rappelle que celle-ci est le fruit du processus « captation – accroche – rapprochement – perception – évaluation », dont on a vu la très relative fiabilité, on peut dire qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises religions, mais simplement des hommes qui tolèrent ou refusent que d’autres puissent avoir des interprétations différentes des leurs. »

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Sur la base de 60 millions d’habitants et de 40 millions d’électeurs inscrits, une abstention de 60% fait tomber le nombre des exprimés à 16 millions (40 - 24) et la majorité absolue s’établit à 8 millions et une voix. Dans un tel schéma, un parti emportant ces 8 millions et une voix parviendrait à imposer sa loi à une nation de 60 millions d’habitants. Autrement dit, on peut conquérir le pouvoir avec l’appui de 17% de la population seulement … et les 83% restant seront contraints d’en accepter les lois.

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La pratique du débat politique (notamment en période électorale) consiste bien souvent à mettre en exergue les défauts, les loupés et autres déviances de l’adversaire pour conquérir le pouvoir. Or, en procédant ainsi, chaque politicien contribue à focaliser l’attention de l’électorat sur les insuffisances des uns et des autres et, en fin de compte, sur la classe politique toute entière. En jouant sur de telles accroches, voilà comment naissent des perceptions du type « tous pourris ».

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Les sujets sur lesquels les médias entretiennent des peurs collectives ne manquent pas. De façon caricaturale, je pourrais résumer ainsi les messages que je perçois de façon quasi continuelle : « Si tu fumes, tu auras le cancer. Si tu fais l’amour, tu t’exposes au sida. Si tu consommes de l’alcool, tu vas droit à la cirrhose ou à l’accident. Si tu manges, pense au cholestérol, aux triglycérides et au diabète et surveille ton poids, car les maladies cardio-vasculaires te guettent … Méfie-toi constamment de ce que l’on met dans ton assiette, car tout est truffé de colorants, de conservateurs, de sel en quantité élevée ou de produits toxiques ingérés par le bétail, etc.. Si tu sors, tu prends le risque de te faire agresser. Si tu ne fais pas d’études, tu n’auras rien. Si tu fais des études, ce n’est pour autant que tu auras quelque chose. Et si tu trouves un boulot, il ne faudra pas trop compter sur l’argent (productivité et maîtrise des coûts et de l’inflation obligent), ni bâtir de projets à moyen et long terme car rien n’est acquis (la sécurité de l’emploi est un privilège). Et si tu parviens à garder ton job, tu n’auras de toute façon pas grand chose comme retraite, à moins que d’ici là le trou de la couche d’ozone t’ait fait griller, que les mers aient submergé les terres suite à la fonte des glaciers, qu’une tornade ait détruit tes biens, qu’une comète ait percuté la planète, que le soleil vienne à s’éteindre ou qu’une « bonne » guerre te soit tombée dessus » ... Et au cas où nous n’aurions pas bien compris, on nous repasse les mêmes plats sous forme de films, de télé-films ou de reality shows.

Certes, tous ces drames et sujets de préoccupations existent bel et bien : loin de moi l’idée de le nier ou de remettre en cause la probité des professionnels. Mais, à certains d’entre eux, j’ai bien envie de poser les questions qui suivent. Faut-il pour autant amplifier les misères du monde dans l’esprit de l’opinion ? Faut-il systématiquement parcourir la planète pour avoir un malheur à raconter ? Est-ce une raison suffisante pour occulter le reste et briser toute forme d’espérance ? Le journaliste ne doit-il être qu’un oiseau de mauvaise augure, au nom d’une conception subjective de l’objectivité, que l’on appelle « réalisme » ?

A force de laisser à la population l’impression que tout va mal, elle finit par le croire … et le provoquer. Effet Pygmalion oblige.

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Deux questions essentielles se posent à chacun et notamment à celles et ceux qui exercent un pouvoir au sens institutionnel du terme. La réponse n’est bien sûr qu’affaire de conscience, dans tous les sens du terme. La première de ces questions peut ainsi se formuler : que veut-on « se » prouver (et non que veut-on prouver aux autres) ? Car, en fin de compte, ce que nous faisons subir aux autres n’a pas d’autre finalité. La seconde question se situe dans le prolongement de ce qui vient d’être dit : faut-il nécessairement créer les conditions du pire pour apprécier le meilleur ?

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Au fond, le bonheur n’est pas l’horizon, il est le chemin. Il n’est pas ailleurs, il est en soi, dans le regard que l’on porte sur la vie, dans les perceptions que nous faisons naître chez les autres. Nous avons, individuellement et collectivement la capacité de faire de ce lopin de Terre un dépotoir, un champ de bataille au nom de croix blâmées ou un coin sympa où il fait bon vivre. Nous avons tous le choix de ce que nous voulons. La vie est donc tout simplement ce que nous en faisons.

« Je fais un rêve » pourrais-je conclure, en référence à la célèbre phrase de Martin Luther King. Mais je lui préfère celle-ci, du même auteur : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous mourrons ensemble comme des idiots. »

C’est une simple question de volonté, de « bonne » volonté. Alors, sourions et la vie sera belle!